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A.E.P.H.V.
« Les Mirauds Volants »

Le Salon du Bourget

J'ai 27 ans, je suis pratiquement aveugle et j'ai découvert les Mirauds Volants un peu par hasard, au fil de mes rencontres. J'ai fini par devenir l'amie de l'un deux et, de fil en aiguille, il m'a proposé de venir passer toute une journée avec l'association, sur le stand qu'ils ont tenu au salon du Bourget. Je ne suis pas une passionnée d'aviation, à la base et, faut-il que je l'avoue, j'ai un peu peur de voler. Mais je suis curieuse, ouverte, facilement intéressée et puis tous ces tas de ferraille capables de prouesses incroyables, je dois avouer que ça m'a toujours attirée. J'ai donc accepté sans hésiter.

Nous sommes le dimanche 23 juin. C'est un début de journée froid et humide, comme ils le sont tous depuis le début de l'été, mais je suis vraiment ravie d'aller visiter ce salon du Bourget en compagnie des mirauds volants et de découvrir ce qu'ils y présentent, alors je m'emmitouffle dans un gilet trop grand pour moi, parce que j'ai oublié tous les miens dans le sud d'où je viens et nous voilà partis de bon matin dans les merveilleux transports parisiens.

De bon matin oui, car la première des découvertes que je vais faire aujourd'hui n'est pas des moindres. Nous avons été invités à venir visiter le Rafale, un avion qui m'impressionne même si je ne l'ai jamais vu et que je n'y connais strictement rien et que j'entends faire un raffut de tous les diables chaque jour lors des démonstrations depuis le début de la semaine alors que je loge à des kilomètres de là.

Nous avons rendez-vous à huit heures, avant l'ouverture du salon aux visiteurs, mais nous trouvons tout de même le temps de passer au stand des mirauds pour y boire le premier café de la journée. J'en profite pour faire connaissance avec tous ceux que je ne connais pas encore, Patrice, Chantal, mais aussi l'équipe des sourds. Tout le monde me fait un très bon accueil et se montre prévenant, sympathique et indulgent face à mon ignorance de l'aéronautique durant toute la journée, ce qui contribuera à me la rendre particulièrement agréable et intéressante.

Après les présentations, nous nous rendons avec, pour certains, une incroyable excitation, sur le stand du Rafale qui nous domine de toute sa hauteur et nous attend, magnifique et, à mon avis et comme tout ce qui a la capacité de voler, quelque peu impressionnant, dans l'air frais du matin où commence à poindre un timide rayon de soleil.
Il y a déjà du monde, nous ne sommes pas les seuls à avoir le privilège d'entrer dans ce prestigieux oiseau de fer et l'attente commence à me faire partager l'excitation mêlée de curiosité des autres.

Et puis c'est à mon tour d'explorer la bête. Je ne vous ferai pas l'affront de vous la décrire, je crains que le vocabulaire approprié ne me fasse défaut et de toute façon je risquerais de raconter absolument n'importe quoi. Je crois que mon ressenti à ce moment vous suffira, et quel ressenti ! Déjà émerveillée d'avoir le droit, que dis-je, l'honneur de m'asseoir dans ce siège dont je ne suis vraiment pas digne, je suis complètement subjuguée par l'étalage des gadjets technologiques qui se déploie sous mes doigts :

Florie dans le Rafale

trois écrans donnant en permanence toute sorte d'informations, des boutons et des gachettes par dizaines permettant de contrôler absolument tout en gardant les deux mains sur les commandes, ça a de quoi nourrir mon imagination pour plusieurs semaines. Je me fais également la réflexion, moi qui suis rarement à l'aise dans une boîte volante, quelle que soit sa taille, que ce cockpit est particulièrement confortable, que l'ergonomie a dû être calculée pendant des jours et qu'on est drôlement bien installé. Je dois regagner le sol beaucoup trop vite à mon goût, j'aurais bien aimé que l'on m'explique tout un tas de choses sur le fonctionnement d'un tel appareil, même si je ne suis pas certaine de pouvoir en comprendre la moitié.
Alors que je pose mon pied au bas de la dernière marche et que l'on me demande mes impressions, je lance cette remarque idiote mais tellement sincère :
"Je crois que je ne pourrais pas supporter d'être enfermée dans cet espace minuscule, à des milliers de mètres d'altitude."
J'entends Thomas glisser à Franck avec une condescendance bien compréhensible que je suis complètement hors sujet et cette remarque me fait rire. Il a parfaitement raison, mais c'est ainsi : je peux m'émerveiller de la technologie aéronautique, être fascinée par la beauté d'un avion et me passionner pour son histoire, son fonctionnement et bien plus encore, mais je crois vraiment que ma place à moi est les deux pieds bien ancrés sur notre bonne vieille Terre.

Nous regagnons notre stand, enfin leur stand, mais comme j'ai fait le café je me permets de m'y impliquer un petit peu, juste pour le plaisir, car il est grand temps d'ouvrir au public.

Comme il n'y a pas grand monde en début de journée, Franck en profite pour me présenter le simulateur et le soundflyer. Ce n'est pas la première fois que j'entends le soundflyer, j'avais déjà eu droit à un petit enregistrement de vol qui m'avait donné une idée de la chose, mais là, avec le casque, le micro et le petit bruit de l'avion, c'est beaucoup plus amusant et intéressant aussi. Franck s'applique à m'expliquer le fonctionnement de ce fantastique matériel et, captivée par ce qu'il me raconte, même si parfois il doit me répéter deux fois ses explications, la faute à la fatigue, on va dire pour ne pas aggraver mon cas, je ne fais plus attention à rien d'autre, je m'imagine en train de voler et j'essaie d'assimiler tout ce qu'il m'explique. Son discours est simple et efficace, c'est tout ce que je demande. Je suis un peu déçue de devoir interrompre cette petite séance avant la fin et de ne pas pouvoir essayer moi-même de piloter le simulateur, mais le vrai public arrive et je laisse ma place, car c'est pour eux qu'ils sont là.

Sur ces entrefaites, de nouveaux protagonistes font leur apparition et je fais connaissance avec Ludovic, le président de la comission des pilotes handicapés de l'Aéro-Club De France, qui visiblement s'est démené toute la semaine pour que l'organisation ne soit jamais prise en défaut. Je rencontre aussi Tim, le paraplégique anglais qui a bien voulu laisser son avion en démonstration au stand. Nous avons aussi l'honneur de recevoir la visite de Jacqueline Claire, une pilote paraplégique qui a accompli un parcours exceptionnel et a énormément oeuvré en faveur des pilotes handicapés.

Un peu plus tard, profitant d'un moment de calme, Franck me propose de me faire faire le tour de l'avion de Tim. J'accepte avec joie car, comme c'est un petit bestiau, dont je dois avouer avoir oublié le nom, je peux vraiment le toucher sous toutes ses coutures. Franck, avec beaucoup de patience et sans jamais tarir d'explications tout en restant toujours à ma portée, prend le temps de me faire explorer tout l'appareil, me montrant tel ou tel élément et m'explicant son utilité. Du coup, je crois que j'en finis presque par le trouver sympathique, ce petit avion. Je ferais bien un petit tour avec, enfin en me tenant à une distance respectable des commandes, tout de même...

Lorsque vient l'heure de déjeuner, on m'emmène manger dans l'excellent restaurant qui se trouve sur le salon et je me dis que vraiment, il n'y a pas que pour piloter qu'il fait bon traîner en compagnie des Mirauds.
Mais après le repas s'ouvre à moi une toute nouvelle dimension, et bien plus exaltante encore, de l'exploration sensorielle du salon du Bourget : après la découverte gustative des bons petits plats du restaurant, c'est au tour de mes oreilles de s'extasier. C'est l'heure où les différents avions, de chasse et autre, font leurs démonstrations. Je ne savais pas avant ce jour à quel point deux avions peuvent avoir des sons aussi différents.
Grâce aux commentaires des Mirauds, qui n'ont, eux, aucun mal à différencier et à reconnaître les différents appareils, j'ouvre mes oreilles et j'apprends. J'apprends, mais aussi je savoure. Je découvre à ma grande surprise que je peux apprécier et trouver beau le bruit d'un avion qui vole, j'aime particulièrement l'élégance du son du Fouga Magister. J'écoute avec intérêt évoluer la Patrouille de France. J'apprends à distinguer le Super Constellation, le P-38 Lightning et deux trois autres oiseaux de métal. Et puis il y a le Rafale, ce même avion dans lequel j'ai eu la chance de monter le matin, le Rafale au bruit époustoufflant qui, lorsqu'il vous passe au-dessus de la tête, fait vibrer vos organes à l'intérieur de votre corps. Complètement subjuguée, oscillant entre la terreur, la fascination et l'émerveillement, je ne me doute pas encore qu'un avion plus époustoufflant encore, sur le plan sonore, va bientôt faire son apparition. C'est le Sukhoï, un modèle russe. Je n'ai pourtant pas beaucoup d'affection pour tout ce qui fait trop de bruit. Mais là, je ne peux que m'incliner et rester là à écouter, impressionnée, paralysée, fascinée. J'imagine que ce genre d'engin n'a même pas besoin de tirer pour mettre tout le monde à terre, vu le boucan terrifiant qu'il fait. Rien que pour avoir entendu une chose pareille, je ne pourrai jamais assez remercier les Mirauds de m'avoir embarquée avec eux. Quand cet avion-là vous passe au-dessus, c'est comme si l'atmosphère se déchirait, comme si le ciel s'embrasait et vous vous sentez soudain tellement petit, tellement vulnérable et insignifiant, face à cette supprême démonstration sonore de puissance que vous n'avez plus qu'une envie, vous jeter à plat ventre, les mains sur la tête.

Et voilà, ma journée se termine ici, dans la bonne humeur et un sourire flottant sur mes lèvres.
Je dois aux Mirauds Volants de très belles rencontres, des découvertes fascinantes et des moments de convivialité et je sais que je n'oublierai jamais cette journée vécue grâce à eux et que je reproduirai volontiers l'expérience. Ah non, je leur dois autre chose aussi, et c'est assez étonnant pour une froussarde de l'air comme moi pour que je le précise : je crois que je leur dois aussi l'envie de voler...


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