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A.E.P.H.V.
« Les Mirauds Volants »

Juste le plaisir de voler.

Jeudi 27 août 2009, il est 5h30 du matin et mon réveil vient de sonner. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui m'a tiré du sommeil car il y a déjà quelques temps que je me tourne et me retourne dans une demi-conscience.

Je me douche et m'habille à la hâte, puis déboule dans la cuisine pour me confectionner un solide petit déjeuné. Mes sacs, je les ai préparé la veille au soir : SOUNDFLYER (batterie chargée à bloc), un duvet et quelques affaires de toilettes car on ne sais pas à quelle heure nous regagnerons l'aéro-club, ce soir, et après 17h55 il n'existe plus aucun train pour joindre Luchon à Toulouse. Oui, je sais, c'est jeudi et je suis sensé aller bosser, mais la météo nous a prédit le plus beau jours de la semaine, et après tout, j'ai envie de voler !

7h : je dévale l'escalier et atterri à l'arrêt du bus, pas vraiment réveillé. Métro (car ce n'est pas pour nous venter mais, à Toulouse, nous avons un métro) et je me vois même obligé, ce matin, d'en emprunter les deux lignes.

8h pétante, je rejoins Didier à la station Arènes. De là, nous gagnons le terrain de Bagnères-de-Luchon avec sa voiture : 1h30 de route pour nous retrouver au fond de la vallée pyrénéenne où repose notre petit aéro-club.

Didier, c'est mon instructeur devenu ami, tant nous avons tous deux sillonné le ciel du Sud-ouest de la France pendant plusieurs dizaines d'heures. Aujourd'hui, nous avons décidé d'aller nous poser à Montpellier : environ deux cents nautiques. Mais sur la plaine toulousaine à 8h du matin, règne un brouillard de fort mauvaise augure pour ce vol tant attendu et que nous avons déjà remis une fois il y a trois semaines. Enfin, arrivons déjà au terrain et là-bas, on prendra les météo et on verra bien.

En sortant de l'autoroute, nous laissons Saint-Gaudens et son aérodrome, mais pourtant au pied de la montagne, nous n'en apercevons pas le moindre sommet tant le brouillard est épais. On en prendrais presque un coup au moral ! Et puis comme souvent, en pénétrant dans la vallée le brouillard se déchire soudain et le soleil étincelle. Là-haut, c'est le Grand Bleu, sans le moindre nuage. Mais sur la plaine ... Allé, une fois l'avion sorti et les pleins faits, on verra bien.

9h30, Luchon et son terrain nous accueille dans son écrin de verdure. Au club, déjà quelques copains. Un croissant acheté en chemin, un café et je file au hangar installer SOUNDFLYER dans le F-BRVP, un DR340 rouge et blanc de 140 cv. Didier me rejoint et nous tractons " la bête " jusque devant la pompe où je remplis généreusement ses trois réservoirs. Ici, le temps est toujours aussi radieux, et il ne fait pas encore trop chaud.

Voilà. On est prêt. Nous avons voulu attendre le tout dernier moment pour prendre les météos sur la plaine, histoire d'avoir les dernières, mais ce matin, le système informatique de l'aéro-club est récalcitrant et refuse obstinément de nous cracher quoi que ce soit. Nous avons quand-même réussi à imprimer les NOTAM des aérodromes jalonnant notre route, et de guerre lasse nous décidons de décoller quand-même : on verra bien la météo une fois en l'air.

Allé, hop ! On s'installe. Calmement, nous faisons la check-list à deux, comme nous aimons la faire. Je mets en route et laisse chauffer ; cette journée rayonne et le vert sombre des sapins qui tapissent les pentes sous l'azur du ciel invitent au vol. Ça y est, SOUNDFLYER à démarré. Personne devant : guidé par Didier, je lâche le frein de parc et roule. Virage à droite : le son passe bien dans l'oreille droite, puis revient au centre lorsque je relâche le palonnier. 5 KT : ok, mon badin à moi est actif, et celui de l'avion également. Route 190 : je remonte la piste 19 pour aller m'aligner en 01, face à la sortie de la vallée. Le soleil n'illumine pas encore le ras du sol, mais la forte lumière me permet de distinguer, de l'une à l'autre, les balises qui délimitent le taxiway : jaunes sur ma droite et blanches sur ma gauche.

Point d'arrêt... Check avant décollage... Personne en finale à cette heure matinale : j'aligne le Victor Papa en piste 01 et pousse doucement la manette de puissance jusqu'à l'extrémité de sa course. Ça zigzague bien un peu, mais je parviens à tenir l'avion sur sa ligne d'accélération. 50 KT, je tires lentement sur le manche, d'un geste souple du poignet. Un rebond, un second. Dieu que nous sommes lourds avec les pleins complets de carburant et une piste déjà à 2028 ft d'altitude. Mais nous sommes en l'air et le Victor Papa grimpe gaillardement à cinq cent pieds minute. Devant nous, rien que du vert et du bleu. Les crêtes pyrénéennes se découpent sur le ciel avec une précision chirurgicale. Je descends la vallée au cap 010 jusqu'au point d'entrée de notre circuit de piste constitué par le village de Cierp ; l'avion poursuit sa montée régulière ; mon moteur tourne rond. Tout à l'heure, quand le soleil aura chauffé les pentes des montagnes, cette partie de la vallée sera turbulente. Mais actuellement, nous montons dans un air parfaitement lisse et le SOUNDFLYER murmure sur trois notes, au plus. J'en ai réglé le son au plus bas, et cela me suffit pour garder mes ailes à plat et un vario de cinq cents pieds minute.

A Cierp, message radio pour quitter la fréquence de Luchon, et je prends le cap 060 pour monter ver le col des Mourtis qu'il me faudra franchir au-dessus de 5500 ft. Lorsqu'il y a trois semaines, avec Didier, nous avons préparée cette virée, nous avons envisagé l'éventualité d'avoir à rejoindre Saint-Girons par la plaine et Saint-Gaudens. Mais aujourd'hui, l'azur est sans faille au-dessus de nous, et à nous la montagne, tout droit. Cette fois, nous sommes sortis de l'ombre et la vallée que j'aborde est en pleine lumière. De loin, je distingue le V du col et le désigne à Didier. Il approuve de la tête. Dans notre langage, parfois silencieux tant nous avons l'habitude l'un de l'autre, je sais qu'il me laisse faire puisque je vois le col, mais qu'il reste vigilant et surveille notre vol. Le spectacle de la montagne qui défile sous nos ailes est toujours aussi grandiose !

5500 ft, je mets en palier et laisse accélérer, puis je réduis les gaz. Normal, ça ratatouille : pas de panique, je tires légèrement sur la commande de mélange jusqu'à ce que le moteur reprenne son ronronnement régulier et nous gagnons du même coup 150 tours au compte-tours. A cette altitude en effet, la densité de l'air est plus faible et donc la quantité d'oxygène nécessaire à la combustion de l'essence dans le moteur devient insuffisante, ne m'assurant plus la proportion des un quinzième d'air nécessaire à une bonne combustion. Ne pouvant rajouter de l'air au mélange, je viens tout simplement de réduire l'apport d'essence pour rétablir une proportion correcte dans mon mélange carburé. Dans notre jargon, cela s'appelle " mixturer " le moteur.

13 minutes après notre décollage, nous passons verticale du terrain de Saint-Girons, lui aussi situé au fond d'une vallée. Devant nous à perte de vue, s'ouvre la plaine et, à perte de vue, rien que du ciel bleu : tout va bien. Sur mon genou gauche, une à une, j'effeuille les pages de mon log de nave, comme de bien entendu écrit en braille. Ma technique est devenue pratique et parfaitement fonctionnelle, et j'en tire une certaine fierté sachant qu'un vol bien préparé est réalisé à déjà près de quatre-vingt pour cent. Les vingt pour cent restant, c'est la part réservée à l'inconnu et, dans ces conditions, l'inconnu est gérable.

Passé le dernier ressaut de la montagne, Didier bascule l'altimètre sur 1013, et je rentre en contact avec le contrôle de Toulouse-info tout en grimpant au niveau de vol 55. Je mets le cap au 80 sur le terrain de Pamiers que le contrôleur nous fera contourner par le Sud en raison d'une activité de parachutage. Puis, cap sur la ville de Limoux, capitale de la célèbre Blanquette.

Après la verticale du terrain de Lézignan-Corbières, nous passons avec le contrôle de Perpignan. Plus nous nous approchons de la Méditerranée et plus l'horizon devient brumeux, mais le ciel est toujours aussi bleu et l'air d'un calme absolu. J'ai compensé l'avion et hormis son petit défaut que je connais bien et qui m'oblige à garder un peu de pied à gauche pour centrer la bille, il vole absolument tout seul.

Nous rejoignons la côte juste après Béziers et passons avec le contrôle de Montpellier. A 5900 ft (à cause du décalage lié à la pression barométrique) le spectacle est grandiose et la ligne des plages, bien claire par rapport à l'eau, plus sombre, m'offre un fil conducteur idéal que je n'ai qu'à suivre. Nous doublons le cap d'Agde et demandons au contrôle l'autorisation de commencer notre descente sur Montpellier. A ma gauche, le port de commerce de Sète que je distingue parfaitement, tant la lumière est forte. Sur ordre du contrôle, je rentre vers le Nord à l'intérieur des terres pour débuter mon intégration en piste 13 ; nous nous posons.

Ici, nous sommes " chez les grands ", et la configuration du terrain n'a rien à voir avec celle de notre petit aérodrome de Luchon. Je bascule la radio sur la fréquence sol, et le contrôleur me guide à travers le dédale des différents parkings dont j'aperçois les lignes jaunes s'entrecroiser sous mes ailes.

Enfin arrêtés, j'exécute la check coupure et tire l'étouffoir. Une heure quarante-cinq de vol, et nous venons d'en prendre plein les yeux avec un vrai temps de curé.

Ah ! que c'est bon d'ouvrir la verrière, de sauter à terre et de se déplier. Passage par le poste de police, fouille, vérification des papiers de l'avion et des nôtres... Nous voici dans l'aérogare de Montpellier-Fréjorgues pour croquer un sandwich.

Le retour, lui aussi, sera sans histoire. SOUNDFLYER, toujours aussi constant, a continué d'égrener ses deux ou trois notes, à la limite de l'audible, mais cela me suffit pour tenir la machine en vol et bien en sécurité dans l'azur complice, je me prends à méditer sur celles et ceux qui mettent en doute la fiabilité de ce dispositif merveilleux parce qu'ils n'ont pas eu l'humilité, ou la patience d'apprendre à l'utiliser correctement. Entre lui et moi une seule promesse : celle de ne jamais lui demander ce qu'il ne sais pas faire. En dehors de cela, je ne connais pas encore ses limites et c'est bien ce qui nous motive, lui et moi, à poursuivre une aventure débuté il y a tout juste sept ans.

De temps en temps j'interroge ma route et en rectifie mollement l'écart d'une légère pression du pied sur le palonnier. Mon altitude est parfaitement stable, au niveau 65 cette fois et dans un air toujours aussi immobile, nous nous reposerons à Luchon après 1h50 de vol.

Magnifique journée qui nous laisse, à Didier et à moi, un goût de " trop peu " et en tout cas, l'envie de recommencer très rapidement. J'ai même réussi, après avoir lavé l'avion, à attraper le train de 17h55 ; à 21h, j'étais rendu chez moi.

Patrice

Quelques photos du vol.


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