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A.E.P.H.V.
« Les Mirauds Volants »

Nous l'avons fait.

LFCN (terrain de Nogaro, 32) le 10 décembre à 13h30. Ça y est, on se lance. Hier on voulait le faire aussi, avec une température extérieure de plus de 20 degrés au soleil et un grand ciel tout bleu, mais le temps du repas de midi un vent du Sud-ouest s'était levé soufflant à 40 Kt vers 2000 ft. Alors, on a préféré rester au hangar pour bricoler sur l'avion et ne pas se faire secouer inutilement.

Mais ce matin, malgré un ciel bas et une tempé. De 3 degrés, on a pris les cartes pour localiser le terrain grâce à ses coordonnées GPS. Ensuite, on est allé sur GOOGLE-EARTH, mais la piste est trop récente, elle n'y est pas encore visible.

Et ce coup-ci, on s'est décidé… On sort du hangar mon petit avion bleu, le F-PMPG. Batterie du SOUNDFLYER chargée et en place, contacts vérifiés coupés, je brasse l'hélice une dizaine de tours pour faire monter l'huile dans les cylindres. La compression est bonne… Tout va bien.

Mais où va-t-on ainsi ?
Jean-Claude à ouvert sa piste en début d'automne, et moi, depuis décembre 2008, j'ai acheté un petit avion que j'ai laissé basé sur le terrain de NOGARO, à l'Ouest du département du Gers. Il était normal qu'à un moment, nous désirions présenter l'avion à la piste, ou peut-être le contraire. En tout cas, pour nous le symbole est fort, deux " MIRAUDS " d'entre nous ont concrétisé leur rêve un peu plus avant : l'un en devenant propriétaire de sa machine, et l'autre en créant sa propre piste.

Tour de l'avion, rien d'anormal… De toute façon, ce petit POTIER P 180 S est tellement simple qu'il tient plutôt de la bicyclette que de l'AIRBUS A380. Jean-Pascal (mon ami et instructeur) et moi nous installons à bord. Bon d'accord, c'est pas très large, surtout que nous sommes l'un et l'autre assez emmitouflés. Je n'ai concédé qu'un léger pull à mes habitudes sous ma combinaison de vol, mais J-P a carrément opté pour la combinaison de ski et le bonnet par-dessus sa casquette. C'est que bien sûr, un avion aussi rudimentaire n'est évidemment pas muni d'un quelconque système de chauffage (mais je vous promets que ça va bientôt changer) et, de plus, c'est le royaume des courants d'air Brrr… Alors, on s'est équipé.

13h45, verrière baissée j'appelle Jean-Claude juste avant de mettre en route : " on arrive d'ici une demi-heure ". Bien sûr, là aussi, j'aurais pu faire chauffer gentiment à 1000 tours/minute et profiter de ce temps pour appeler Jean-Claude. Mais tout comme il ne possède pas de chauffage, le Papa Maman Papa Gourmand n'est pas non plus muni de silencieux d'échappement (mais ça, ca va aussi changer bientôt) et donc, à partir du moment où son moteur tourne, cela tient plus du rugissement que du feulement.

Contact batterie, magnéto (il n'y en a qu'une), un poil de gaz, starter tiré… " Personne devant, personne derrière "? " Tu peux y aller " me répond J-P. Je presse le bouton du démarreur et, comme d'habitude le miracle se produit : mon petit moteur part au quart de tour. 1000 tours, pieds sur les freins et on laisse chauffer (le moteur, pas la cabine bien sûr). Tempé. D'huile à 50, je relâche la pression de mes pieds sur les freins et roule vers la bretelle qui, contournant l'extrémité Est de la piste, permet d'y pénétrer. Stop. Point fixe, essais moteur… Là aussi, tout est parfait et je m'annonce pour alignement et décollage en piste 32.

14h03. Pieds sur les freins je lance à pleine puissance les 80 cv de mon moteur puis lâche les freins. Le coucou bondit : 50, 55 Kt, mon Papa Golf a quitté le sol et, dans l'air glacé a pris ses 500 ft/minute de monté. À cette puissance, le vacarme est épouvantable et j'ai toutes les peines du monde à déchiffrer les informations que me communique le SOUNDFLYER. Vivement que J-P et moi, avec l'aide de quelques copains parmi l'équipe des constructeurs amateurs de NOGARO ayons fabriqué ce foutu silencieux. Enfin… Il vole, et c'est ça qui compte.

Cap au 180, toujours en montée vers 2000 ft. Bien sûr, on a le soleil de face et nous n'y voyons à peu près rien ni l'un ni l'autre. Moi, c'est normal, mais J-P fait la petite nature : il paraît que ça le gène. Chochotte ! Cap sur le VOR LMB. Enfin, oui, il s'agit bien de mettre le cap sur LMB car, bien entendu, Papa Golf n'est pas équipé d'un récepteur VOR. Il possède par contre, suprême luxe, un transpondeur, et en mode S, s'il vous plaît. À l'horizon, une première barre nuageuse m'oblige à redescendre quelque peu. Le ciel s'assombrit et ce qui vient gêner notre visibilité change de nature : derrière cette première rangée de cumulus il y en a une autre, encore plus basse, et encore d'autres derrière. Le plafond se soude et s'abaisse. Je zigzague entre les ventres bien noirs, à la recherche de quelques trous de lumière. Jean-Pascal parvient néanmoins à nous localiser. Nous sommes passés sur la fréquence de Pyrénées-Info et, à la demande d'un autre pilote, le plafond nous est indiqué " brocken à 1300 ft/sol ". Ça fait pas très haut… J-P découvre soudain le VOR, là, juste sur notre gauche. Ouf ! Voilà un vrai point de repère. À ce que nous avons vu sur les cartes, le point suivant est la pointe Sud-est d'un lac et là, nous n'aurons qu'à tirer vers la gauche pour tomber sur la piste de PONSON. Le plafond baisse encore. Aux abords de la CTR de TARBES, il doit osciller entre 5 et 600 ft/sol. Voici un lac, et il semble bien avoir une pointe au Sud-est. Pourvu que ce soit le bon ! Je pique vers l'est. " Terrain en vue ", me dit tout à coup Jean-Pascal. Je clôture momentanément la fréquence avec Pyrénées-Info, et bascule la radio sur 123.45 comme nous l'avons convenu avec Jean-Claude ; il est 14h30.

En raison des très mauvaises conditions de visibilité qui lui rendraient mon guidage trop compliqué, Jean-Pascal prend alors les commandes (ce qui lui arrive très rarement) et réalise deux passages à très basse altitude au-dessus de la piste : l'un sur l'axe 10, et l'autre en 28. Jean-Claude est bien là, à côté de la manche. Il n'est d'ailleurs pas seul et tous deux nous fond de grands signes. Nous sommes en contact radio. Pour aujourd'hui, nous avions décidé de ne pas nous poser, tout d'abord parce que, s'agissant d'une piste privée, mon avion ne figure pas sur la liste des aéronefs autorisés qui a été déposée en Préfecture, et ensuite parce qu'il a plu toute la nuit et que, le sol devant être un peu détrempé, j'ai peur que mes 80 petits chevaux joints aux 600 mètres de la piste ne me permettent pas de redécoller avec suffisamment de sécurité. Le verre de l'amitié sous la chaussette, ce sera pour le printemps prochain, avec un sol bien dur.

Par la radio, nous prenons congé de Jean-Claude et regagnons de l'altitude. Oh, un peu, pas trop car J-P m'explique que, s'il pouvait se mettre debout dans l'avion, sa tête serait dans la couche. Mais à l'inverse de l'allé, plus nous avançons et plus le plafond remonte. Que c'est agréable. Nous réussissons même à retrouver le VOR LMB ce dont, vu les circonstances, nous tirons une petite fierté. Bientôt les cumulus s'espacent et des pans de ciel bleu refont leur apparition. Du coup, je reprends un peu d'altitude.

Au passage, nous en profitons pour aller saluer notre ami Pierre, ancien propriétaire du F-PG, par quelques cercles autour de sa maison et la simulation d'une panne moteur. Pierre est dehors et nous fait de grands signes. Puis, route sur NOGARO où nous nous intégrons dans le circuit de piste 32 et nous posons sans encombre ; il est 15h06.

Je coupe les contacts et éteins le SOUNDFLYER. Nous ôtons nos casques : nous sommes complètement sourds et transis, mais nous avons bien l'intention de redécoller dès demain matin, pour le terrain d'AIRE-SUR-ADOUR, je pense.

Et c'est bien ce que nous avons fait.

Vendredi 11 décembre, je me lève et m'étire ; il fait plein soleil et le ciel est d'un bleu infini. Cependant, abaissant les yeux sur la piste en herbe qui est devant moi, de l'autre côté du parking, surprise… Elle n'est plus verte mais blanche, recouverte d'une couche épaisse de gelée blanche. Brrr… Encore une fois, il ne doit pas faire chaud. Encore 4 degrés au-dessous de zéro, me confirme Dédé qui vient me saluer pendant que je déjeune. Mais, quel temps de curé !

J-P arrive après avoir conduit ses enfants à l'école. On traîne un peu, manière de laisser l'atmosphère se réchauffer. Puis après un café, on file au hangar Nord où je remise le Fox Papa Golf. On fait la purge, on vérifie le niveau d'huile, (au maxi, comme toujours, car il n'en consomme pas une goute) et on tire l'oiseau au soleil. Visite pré vol, on s'installe à bord. Batterie, magnéto, ça part encore au quart de tour. Malgré une très légère composante de vent qui nous indiquerait un décollage en 14, nous optons pour la 32. Là au moins, si le moteur s'arrête on a des champs pour nous accueillir. En 14, par contre, il n'y a que du béton et la route nationale.

Puissance sur les freins, je lâche tout et Papa Golf bondit. 55 Kt, nous sommes en l'air dans une atmosphère parfaitement lisse. Sur ma gauche, la chaîne des Pyrénées se découpe avec une netteté impressionnante au-dessus de la couche d'inversion qui donne l'impression d'un tapi de neige suspendu dans les airs aux alentours de 800 ft. Je suis monté au-dessus et le spectacle est d'une pureté extraordinaire. Commandes lâchées, l'avion ne bouge même pas. Le SOUNDFLYER joue mollement sur une ou deux notes et je tiens à peine le manche entre le pouce et l'index.

10 Kt après notre décollage, on pose à Aire. Demi-tour au sol, on remet les gaz et c'est le retour au bercail. Cette fois, la montagne et à ma droite, l'azur est toujours aussi profond et ce n'est que dans le circuit de piste de NOGARO que je ressentirais un léger friselis m'indiquant que la masse d'air commence à bouger.

Je coupe à la pompe et, au terme des 1h50 de vol effectuées ces deux derniers jours plus de quelques essais au sol, je rajoute royalement 24 litres d'essence pour compléter mon plein.

Voilà, mes amis, deux moments dont, malgré ce que j'essaie de vous décrire, j'ai pourtant l'impression de ne pas savoir vous livrer l'essentiel. Je pense sincèrement que la joie d'être en l'air ne se décrit que très mal, et encore, vous la connaissez, vous.

Patrice

Quelques photos du vol.


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