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A.E.P.H.V.
« Les Mirauds Volants »

Mais, qu'est-ce qui nous pousse donc à vouloir voler ?

... Puisque, de là-haut, nous ne percevons pas le damier des prairies et des champs, les bastides et les routes qui y mènent ; puisque la voie ferrée que nous "suivons" entre ici et ailleurs n'est qu'une convention mentale prise lors de la préparation de notre navigation ?

Eh bien oui, tout cela, nous n'y avons pas accès (ou si peu) et, malgré les "à quoi ça vous sert", voler, ça peut aussi être autre chose.

Mais alors, quoi ?

Tout d'abord (et même si elle constitue une motivation importante), la vue n'est sans doute pas la seule raison qui pousse un pilote bien voyant à prendre son envol. Consciemment ou non, le fait d'être en l'air lui procure bien d'autres sensations, et ce sont ces sensations que nous éprouvons nous aussi, peut-être même avec davantage d'intensité.

C'est ensuite, pour beaucoup d'entre nous, la première fois (et certainement la seule) que nous pouvons nous retrouver aux commandes d'une machine qui évolue dans les trois dimensions de l'espace et que, moyennant les précieuses indications de nos compagnons aux bons yeux, nous pouvons la mener quasiment seuls d'un point A à un point B. A la surface de notre planète, cela serait impensable car, même sur les routes les plus droites et les plus larges, essayez donc de vous amuser à conduire une automobile ou une moto en étant aveugles ou mal voyants profonds ! Dans le ciel, nous naviguons sur les mêmes routes que les autres pilotes, et avec les mêmes machines.

Un schéma en braille et relief à côté d'une canne blanche

Enfin, cette activité peu ordinaire s'est avérée être, pour quelques uns, un fabuleux vecteur d'acceptation de leur handicap : se rendant compte que leurs yeux étaient inopérants, ils ont accepté de se mettre à l'écoute de leur corps et de leurs sensations.

Et puis, mener un avion jusqu'à un point choisi c'est, bien avant de sortir celui-ci de son hangar et d'en faire les pleins d'essence, tout un travail de préparation du vol. C'est là que notre mémoire est pleinement sollicitée et opérante.

Aidés du compagnon avec qui nous allons partager le vol, nous allons étudier les cartes ; l'association les adapte en dessins en relief, ou en caractères agrandis.

Carte VAC de Colmar Houssen La même carte en gros caractères La même carte en relief et braille

Peut-être en Braille (mais qu'importe), nous allons noter tous les éléments nécessaires à la progression de notre équipage : les distances d'un point à l'autre, les temps et altitudes de vol, les caractéristiques des zones réglementées que nous sommes susceptibles de traverser, les diverses fréquences radio à contacter... Et ça, à bord, nous nous en servirons aussi aisément qu'un pilote voyant.

Mains déchifrant une carte en relief

Lorsque nous revendiquons le terme de "pilote à part entière" pour les membres de notre association, nous n'affirmons aucunement qu'à bord nous sommes capables de tout faire comme si nous avions une bonne vue. Nous disons simplement que nous pouvons être membre à part entière d'un équipage, en étant pleinement acteur dans le partage d'une charge de travail à bord, et en comprenant à tout moment ce qui se passe et pourquoi on le fait. Il est bien évident que, lors d'un atterrissage par vent de travers soufflant en rafales, avec autant d'expérience qu'il puisse avoir, un pilote aveugle ou profondément mal voyant sera toujours inopérant. Dans ce cas précis, il faut agir et réagir dans des laps de temps qui ne laissent aucune place à l'explication ou au commentaire, fût-ce aux ordres les plus concis. Le pilote doit anticiper sur les rafales et sur le comportement de l'appareil, et les réactions pour remettre dans l'axe de piste l'avion qui, sous l'effet du vent, se présente soudain de travers, doivent être immédiates. Un pilote "miraud" doit savoir cela, et les simples mots : "je prends" ou "à moi les commandes" impliquent qu'il doit - instantanément et sans condition aucune - céder la direction de l'avion à son compagnon parce qu'une situation inattendue se présente. L'explication viendra après, une fois la sécurité rétablie.

A tout autre moment, lorsque la sécurité n'est pas en jeu, le pilote déficient de la vue pourra maîtriser parfaitement sa machine, même dans des situations aérologiques difficiles ou inconfortables. En tout cas, pour l'aviateur mal voyant même profond, le fait de piloter constitue une motivation forte à exercer davantage sa vision, si faible soit-elle. Hormis ce handicap (objet de l'association), nos membres doivent satisfaire aux conditions physiques et médicales exigées pour tout pilote valide. Le rôle de l'instructeur n'étant pas celui du médecin, il est exclu qu'il ait à prendre en charge une incapacité due à une pathologie connue décompensant en vol, la sécurité de la machine et de ses passagers étant sous sa responsabilité.

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